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Paris 1894. Les artistes finlandais autour de Gauguin et Strindberg

Maison-Musée Tikanoja, Vaasa

2.6-1.10.2017

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Ester Kumlin a à peine 19 ans quand elle décide de se consacrer à la peinture. Elle ne se doute pas que son inscription à l’école de dessin de Helsinki à l’automne 1892 est le prémisse d’une merveilleuse aventure qui la conduira jusqu’à Paris. Elle ne sait pas qu’elle va tomber amoureuse de l’ombrageux August Strindberg. Que sa collection des gravures de Paul Gauguin va être achetée par Frithjof Tikanoja. Elle ne sait rien de tout cela, mais seulement qu’elle veut apprendre à peindre.

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Noa-Noa

 

De retour de Tahiti en 1893, Paul Gauguin peint relativement peu. Il veut écouler les peintures qu’il a ramenées de son voyage et les expose à la galerie Durand-Ruel. Le succès n’est pas au rendez-vous. Il se lance alors dans la céramique et la gravure sur bois, en espérant trouver de nouveaux débouchés. L’histoire voudrait que Gauguin ait offert des épreuves de Noa-Noa aux jeunes artistes qui l’entouraient. Ester Kumlin ramène neuf planches de Noa-Noa en Finlande. Dans les années 1920, elle en cède huit au marchand Gösta Stenman, qui trouve un acquéreur en la personne de Frithjof Tikanoja. Les planches de Noa-Noa rapportées par Wilho Sjöström auraient disparu, et celles ayant appartenu à son amie Fanny Låstbom se trouvent aujourd’hui à l’Art Institute de Chicago.

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August Strindberg

 

Lorsqu’ Ester Kumlin fait la connaissance d’August Strindberg à Paris par l’intermédiaire de son amie Fanny Låstbom, l’auteur suédois traverse sa crise d’Inferno. Kumlin raconte dans quelles circonstances choquantes elle fait la découverte de son étrange peinture, dans la chambre que l’écrivain occupe dans la pension où elle réside également, et où subsistent les traces d’une beuverie. Elle indique aussi avoir conduit Strindberg chez William et Ida Molard, où il fait la connaissance de Paul Gauguin. Les deux hommes s’estiment immédiatement. Gauguin est en train de préparer la vente aux enchères de ses œuvres pour financer son retour à Tahiti, et demande à Strindberg de préfacer son catalogue. « Je ne peux pas saisir votre art et je ne peux l’aimer », objecte Strindberg – un refus que Gauguin décide de publier pour s’offrir une publicité tapageuse.

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Chiromancie

Le charisme de Paul Gauguin lui vaut la reconnaissance des jeunes artistes et écrivains, qui louent son talent dans les petites revues de l’époque. Poète au Mercure de France, Julien Leclercq se déploie sans compter pour faire connaître Vincent Van Gogh, Paul Gauguin et Auguste Rodin. Après leur mariage, la pianiste finlandaise Fanny Flodin s’installe avec Julien Leclercq qui, en 1895, a repris l’appartement que Gauguin vient de quitter en partant à Tahiti. Leclercq se passionne pour la chiromancie et publie un livre illustré par les photographies des mains des génies qu’il a pu côtoyer : celles de Paul Gauguin et d’August Strindberg y figurent.

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Autour de Paul Gauguin

 

Paul Gauguin, qui aime impressionner les jeunes artistes, enseigne pendant quelques mois dans un atelier à Paris – Pekka Halonen et Väinö Blomstedt sont ses élèves, tout comme Paul Sérusier l’a été à Pont-Aven, en Bretagne. D’autres, comme Jan Verkade, reçoivent l’héritage de Gauguin par l’intermédiaire de Sérusier. Gauguin possède une nature morte de Paul Cézanne et des gravures d’Edgar Degas, qu’il considère comme des modèles à suivre. En ville, les artistes se concentrent sur la nature morte, quittant Paris pour peindre des paysages et en Bretagne, des figures. La découverte de la théosophie dans l’entourage de Gauguin oriente les artistes finlandais vers une inspiration mystique et symboliste. Ils adoptent une palette aux couleurs raréfiées, exprimant une mélancolie et une pensée intérieure.

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Le regard d’Ester Kumlin

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A Paris et en Bretagne, Ester Kumlin se retrouve avec des camarades finlandais et suédois, et quelques artistes français. L’intense sentiment de liberté facilite les découvertes, les expériences nouvelles. Peindre lui permet de garder son cap et lui donne raison d’avoir quitté la Finlande, où la jeune fille de bonne famille est destinée au mariage.

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Wilho Sjöström

 

Certains étudiants ont le don de se faire remarquer, et Wilho Sjöström est de ceux-là. Ses anicroches avec les professeurs sont légendaires. Il faut dire que le naturalisme de Fredrick Ahlstedt ou pire encore, le classicisme de Carl Jahn, lui apparaissent tout à fait dépassés. Sjöström rue dans les brancards. Et puis un jour, la coupe est pleine, Sjöström est renvoyé. C’est comme un signal : tous ses camarades se lèvent et quittent l’école de dessin. En cette année 1893, c’est à Akseli Gallen-Kallela qu’ils demandent de corriger leurs travaux, dans l’atelier qu’ils partagent à Helsinki.

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Renvoyés

 

 

Ester Kumlin n’est pas la seule fille de la bande, mais certainement celle qui a le plus de tempérament. Ali Munsterhjelm se régale à faire son portrait, avec ses petites mèches folles qui entourent son visage comme un halo de lumière. Il y a aussi Bruno Aspelin, qui anime leurs rencontres en jouant de la guitare, et Werner von Hausen. Mais Akseli Gallen-Kallela quitte Helsinki, et seul Sjöström le suit à Sääksmäki. Les autres écoutent son conseil : aller à Paris ! Sjöström les rejoindra plus tard et son atelier de Montmartre deviendra un centre amical pour les artistes bohèmes.

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D’après Van Gogh

 

A Paris, Ester Kumlin fait la connaissance d’une peintre suédoise, Fanny Låstbom. C’est elle qui l’entraîne à l’académie Colarossi et la présente à son amie Ida Ericsson-Molard, une sculptrice suédoise mariée à un musicien à moitié norvégien, William Molard. Chez eux, les artistes nordiques se retrouvent dans une joyeuse atmosphère. Fanny Låstbom a pris un atelier dans la cour et Ida Molard a fait venir Paul Gauguin, qui loge à l’étage. Il a peint ses murs en jaune et s’est entouré d’étranges objets exotiques. Paul Gauguin porte une grande admiration à l’autoportrait de son ami Vincent Van Gogh. Fanny Låstbom et la fille d’Ida, Judith Arlberg, sont fascinées par ce portrait et s’entraînent à le copier pour assimiler l’étrange façon de peindre de Van Gogh.

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La rencontre d’Emile Bernard

 

Depuis son arrivée à Paris, Werner von Hausen fraie avec de nouveaux amis, les peintres suédois Olof Sager-Nelson et Ivan Aguéli, deux mystiques et qui plus est pour Aguéli, un anarchiste. Relâché après six mois de prison, Aguéli préfère s’en aller rejoindre son mentor Emile Bernard en Egypte. Von Hausen ne tarde pas à les rejoindre et à se lier d’amitié avec Bernard, en plein redécouverte des traditions artistiques anciennes.

… une chose que j’avais toujours pensée, c’est que cet homme [Werner von Hausen] a une noble nature. Déjà en une circonstance importante, je m’en étais persuadé au Caire quand il y était encore. […] Ça me sera un réel bonheur de le revoir. Ces natures du Nord ont leurs qualités, qui sont la droiture, la sincérité et la fidélité.
Emile Bernard à sa mère, Le Caire, 25.9.1899

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Art et décoration

 

Au tournant du XIXe siècle, la séparation entre la peinture et les arts décoratifs est abolie. Paul Gauguin en est bien convaincu, et n’hésite pas à franchir le pas en réalisant des céramiques et des décorations sculptées et peintes sur bois. Väinö Blomstedt s’en souvient de retour en Finlande, et prend une part active auprès des Amis des travaux manuels finlandais. La génération des artistes des années 1890 aspire à créer une « œuvre d’art totale » (Gesammstkunstwerk), croyant au pouvoir de l’art à transformer la vie. Werner von Hausen fait partie des pionniers de la colonie d’artistes de Grankulla, habitant une maison-atelier d’avant-garde tout en poursuivant ses voyages à travers le monde. La petite table portable qu’il offre à Ester Kumlin (von Weissenberg) souligne l’existence d’une communauté d’artistes ayant en partage un même idéal.

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La crémerie de Madame Charlotte

 

Dans le quartier de Montparnasse, face à l’académie Colarossi où beaucoup suivent des cours de peinture, se trouve la crémerie de Madame Charlotte. Cette Alsacienne joviale sert une « purée artistique » aux artistes désargentés. Ses murs sont couverts de tableaux, souvent laissés en paiement. Paul Gauguin en a fait sa cantine et il y réinvente le monde avec ses amis, peintres et poètes. Madame Charlotte a logé pendant plusieurs années le peintre tchèque Alphonse Mucha, qui était sans le sou. En remerciement, il a peint la devanture en style Art Nouveau avec son ami polonais, Wladislaw Slewinski. August Strindberg y a sa table et il a manqué de mettre le feu à la cuisine en y faisant des expériences d’alchimie. Madame Charlotte a un faible pour l’auteur suédois, qui l’a représentée en Madame Catherine dans sa pièce, Il y a crime et crime. Le sculpteur suédois Carl Milles prétend que c’est à l’annonce du remariage de Strindberg qu’elle a décidé de fermer sa crèmerie et de partir à la campagne.

Levons un toast à Madame Charlotte, mère des artistes !

 

 

 

 

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