Galerie nationale de Finlande, Musée des beaux-arts Sinebrychoff, Helsinki

28.5-6.9.2015

Photos : Kansallisgalleria / Hannu Aaltonen

En costume d’époque

A la Révolution française, le style rococo avait été rejeté, comme tout ce qui rappelait les privilèges royaux. Mais bientôt, une nostalgie s’empara du XIXe siècle et engagea une réinterprétation idéalisée des temps passés. Plutôt que de commémorer les grands moments historiques, les artistes cherchèrent à entrer dans l’intimité des personnages. Les décors et les costumes d’époque contribuèrent au charme de petits tableaux anecdotiques, qui firent le succès d’Ernest Meissonier et de ses suiveurs.

Un même engouement s’empara des pays nordiques, où la période rococo apparut comme particulièrement prestigieuse dans le domaine des arts et du théâtre. Pour un temps, le rappel du passé suédois apparut en Finlande comme une manière de s’opposer aux mesures de russification.

La philosophie des Lumières triomphait à nouveau, assurant avec Voltaire que « la lumière viendra du Nord ».


Fête galante

Les barons de l’industrie du XIXe siècle rêvaient de retrouver le mode de vie aristocratique de la marquise de Pompadour. Ils voulurent s’approprier les peintures d’Antoine Watteau et de ses suiveurs, Jean-Baptiste Pater et Nicolas Lancret. Mais les oeuvres étaient rares et il était plus facile d’en commander des copies.

Ces scènes courtoises en plein-air, où seul le plaisir du moment importe, furent également très appréciées dans les pays nordiques. Certains tableaux étaient déjà entrés dans les collections royales suédoises et danoises au XVIIIe siècle, d’autres se retrouvèrent sur le marché après les dispersions de la Révolution française.

A la fin du XIXe siècle, les peintres s’inspirèrent volontiers de ces sujets costumés, très appréciés des collectionneurs.


Inspiration

Le musée des beaux-arts Sinebrychoff conserve une collection de près de 200 dessins provenant du milieu du XVIIIe siècle. Il apparaît que ces dessins ont appartenu à Albert Edelfelt, qui les attribuait à Augustin Ehrensvärd.

Les dessins de la collection nationale finlandaise présentent quelques vues architecturales mais surtout des personnages, dont le costume et le mouvement sont remarquablement notés. Quelques erreurs de proportions soulignent la main d’un amateur.

Alors qu’il préparait le pastel de La Chanson de Dalin, Albert Edelfelt consulta ces dessins, porteurs de l’esprit rococo. Il en réalisa quelques copies, n’hésitant pas à en ajuster les proportions.


Pastels

La légèreté de la poudre sèche et la délicatesse de coloris du pastel ont conservé un souvenir raffiné de l’aristocratie du XVIIIe siècle. La qualité de ses pastels avaient acquis de son vivant une immense notoriété à Gustaf Lundberg ; ils furent particulièrement recherchés par les collectionneurs nordiques à la fin du XIXe siècle.

Les artistes qui, dans la lignée d’Albert Edelfelt, se qualifièrent dans le style néo-rococo se réapproprièrent cette technique quelque peu oubliée, exerçant leur œil par l’étude des portraits anciens.

Le statut de la femme, spirituelle et enjouée au XVIIIe siècle, avait cependant évolué; il lui était désormais prescrit de détourner son regard, suivant les critères de la pudeur bourgeoise.


Portraits

L’histoire illustrée

Le programme de peintures murales de l’Université de Helsinki fut l’une des commandes de peinture d’histoire les plus ambitieuses réalisées en Finlande. L’évocation de la société savante Aurora à l’Epoque des Lumières figurait au nombre des épisodes représentés.

Passionné par les questions liées à la peinture décorative, Akseli Gallen-Kallela fut au nombre des candidats, avant de s’orienter vers les représentations mythologiques du Kalevala. La proposition d’Albert Edelfelt reçut tous les suffrages, mais resta inachevée à sa mort. Eero Järnefelt fut alors choisi pour finaliser le décor.

Les nombreuses esquisses conservées témoignent d’un moment ultime de projection dans le passé historique de la Finlande.


Costumes

Résumant l’élégance et le goût du milieu du XVIIIe siècle, le costume rococo a toujours suscité l’admiration et un désir d’appropriation irrépressible. Gustave III s’en inquiéta et établit un costume national suédois pour éviter les fuites de capitaux vers l’étranger, d’où provenaient ces vêtements luxueux. Lourdement taxées, ces somptueuses parures étaient d’autant plus rares en Suède et en Finlande. Destinées à attirer les regards, elles comportaient un élément de théâtralité particulièrement apprécié sur la scène et au cinéma jusqu’à nos jours.

L’artiste Helena Hietanen n’a pas hésité à porter les perruques qu’elle avait confectionnées sur le modèle de celles de Marie-Antoinette. De plus en plus hautes, les perruques rococo étaient ornées d’éléments invraisemblables – comme les oeufs juchés par l’artiste sur leur sommet.

Les costumes du choeur de la Dame de Pique ont atteint une même démesure dans la création de l’Opéra national de Finlande de 2005. Avec leurs matériaux improbables, les robes à paniers offrent une ultime revisitation d’une époque rococo éternellement attrayante.

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