Emus aux larmes. Les émotions mises en scènes – Visite virtuelle

Moved to tears. Staging emotions

Galerie nationale de Finlande / Musée des beaux-arts Sinebrychoff, Helsinki

13.9.2018 – 3.3.2019

 

Sur scène

IMG_20180911_160441__01__01.jpgDès son entrée en scène, l’actrice disparaît derrière l’héroïne qu’elle interprète. Le spectateur s’émerveille de cette illusion, sans plus savoir si ses applaudissements vont à l’actrice ou à son personnage. La sensibilité des acteurs est louée, capables de faire vibrer une salle entière.

Depuis le XVIIe siècle, la représentation des émotions, ou « passions de l’âme », suit certaines règles. L’admiration, la joie ou l’effroi sont dénombrés scientifiquement par René Descartes et leur représentation est fixée par le peintre Charles Le Brun. L’expression du visage et la gestuelle sont codifiées pour permettre d’identifier les émotions dans les représentations picturales comme théâtrales jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Libérées des troupes de théâtre, ce sont les vedettes qui attirent les foules. Les actrices, danseuses ou cantatrices font l’objet d’une idolâtrie nouvelle, qui sert leurs carrières. Elles se font photographier et peindre dans les rôles qui les ont rendues célèbres, et donnent un aperçu de leur réussite dans des commandes de portraits mondains. Passionné de théâtre, Albert Edelfelt devient le peintre attitré des célébrités finlandaises, dans un partage consenti de la notoriété.

Alina Frasa

Carolina Cordelia Berger, Alina Frasa, v. 1840, The National Museum of Finland.
Dès ses débuts en Finlande en 1846 à l’âge de douze ans, Alina Frasa incarne la ballerine romantique, fragile et légère. Aleksis Kivi aurait été subjugué par sa grâce, contribuant à sa qualification de première danseuse professionnelle de Finlande. Les petits chaussons rouges, mettant en évidence la position de ses pieds montés en demi-pointe, sont caractéristiques du ballet romantique. Ce grand portrait d’Alina Frasa en costume de scène équivaut à une enseigne pour ses prestations de danseuse et ses cours de ballet, à l’époque où la ballerine allemande s’installe à Porvoo pour faire rayonner la danse classique dans tout le pays.

 

 

Alceste

Albert Edelfelt:  Aino Ackté en Alceste sur les bords du Styx, 1902, Ateneum.
Un important changement intervient sur scène à l’époque néo-classique, lorsque le costume « contemporain » est remplacé par celui « d’époque » – époque de la narration et non de son auteur. La simple tunique grecque portée par Aino Ackté dans le rôle d’Alceste, pour l’opéra écrit en français par Gluck au XVIIIe siècle, confirme cette nouvelle tradition à l’orée du XXe siècle. Albert Edelfelt se positionne dans la salle comme tout spectateur et « admirateur », ainsi que le souligne la dédicace. Il peint sans équivoque un portrait de scène, reprenant l’éclairage artificiel de la rampe placée sur le devant de la scène. Aino Ackté chante l’air « Divinités du Styx », scène tragique dans laquelle la reine Alceste s’apprête à se sacrifier pour sauver le roi son époux. Le fleuve de l’enfer, le Styx, est identifié par une mer noire tumultueuse et un ciel plombé, qui participe à l’effet dramatique voulu par le peintre.

 

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Apparitions

IMG_20180911_135728L’un des ressorts de l’action depuis la tragédie antique est le Deus ex machina – l’apparition extraordinaire des dieux sur scène, provoquant le dénouement inattendu de la pièce. Grâce à d’ingénieuses machineries, le théâtre baroque multiplie les effets spectaculaires, faisant descendre sur scène les acteurs posés sur des nuages. La surprise devient l’un des éléments-clés de la dramaturgie, permettant d’introduire de nouveaux personnages et de susciter toute une variété de réactions.

Mengs

Anton Raphael Mengs, Le Rêve de Joseph, Sinebrychoff Art Museum.
Anton Raphael Mengs fait du Joseph biblique un homme dans la force de l’âge, déterminé à accomplir sa destinée et à obéir à l’ordre divin en partant pour un périlleux voyage avec sa famille. Plutôt que de mettre en scène une action exemplaire, le rêve exprime un drame psychologique. L’éclairage contrasté, entre l’obscurité de la nuit et de la réflexion et l’apparition lumineuse de l’ange, souligne la dualité de la décision. En plongeant partiellement le héros dans l’ombre, en éliminant tout décor et accessoire inutile, Mengs concentre l’attention du spectateur sur un moment décisif qui engendrera l’action. Cette tension évoque le Brutus de Jacques-Louis David, héros néo-classique torturé par ses contradictions intérieures, porté au théâtre par le célèbre acteur Talma.

 

 

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Robert Ekman, Lemminkäinen et le lac de feu, Ateneum.
Les légendes nordiques, qui depuis la fin du XVIIIe siècle renouvellent les sujets mythologiques et religieux, s’accompagnent d’un nouvel imaginaire visuel, inspiré par les brumes du Nord. Les panoramas éclairés par l’arrière au gaz, avec projections de lanternes magiques sur des écrans de fumées et bruitages, alors en vogue, ont fasciné les peintres et participé à l’invention des atmosphères fantastiques nordiques. Occasionnellement décorateur de théâtre, Robert Wilhelm Ekman se montre familier des effets obtenus sur scène grâce aux machineries et aux éclairages lorsqu’il entreprend, à Paris en 1858, d’illustrer le Kalevala.

La peinture cherche à reproduire cet effet de surprise. Elle reprend dans ses compositions le dispositif scénique élaboré au théâtre. Depuis le XVIIe siècle, l’emplacement symétrique des décors, de part et d’autre de la scène, est conditionné par le point de vue du roi.

Dans un souci de vérité, les acteurs de l’époque des Lumières préfèrent ignorer le public et se tourner vers leurs partenaires sur scène. L’intensité des émotions est renforcée par ce stratagème, qui prône l’illusion. La salle constitue un quatrième mur, qui clôt la scène. Il devient possible de présenter des personnages de dos, qui découvrent sur scène ce que voit le spectateur.

Louis Lagrenée

Louis Lagrenée, Pygmalion dont Vénus anime la statue 1777, Sinebrychoff Art Museum.

La métamorphose de la statue de Galatée en femme est au cœur de nombreuses interprétations à la fin du XVIIIe siècle par des artistes classiques, critiques d’art et auteurs de théâtre. Louis Lagrenée réalise plusieurs peintures sur le sujet, qui tiennent partiellement compte des suggestions de Denis Diderot. Le tableau se concentre sur le point culminant de la métamorphose, au moment où la statue de marbre prend vie. Ce coup de théâtre se produit sous les yeux du spectateur, pour lequel un angelot ouvre le rideau de scène. Comme l’imaginait Diderot, le prodige suscite de multiples réactions rendues par un faisceau de regards et de gestes. Les nuages épais sur lesquels reposent Vénus et ses angelots appartiennent encore au théâtre baroque ; ils brisent l’illusion et donnent à voir que derrière les dieux, se cachent des acteurs.

Benazech

Charles Benazech, La Liberté du braconnier, 1778, Sinebrychoff Art Museum.
La Liberté du braconnier et son pendant Le Retour du laboureur répètent les solutions appliquées par Jean-Baptiste Greuze, auprès duquel Charles Benazech s’est formé. Ces œuvres sont des réponses à Denis Diderot, qui souhaitait qu’en peinture comme au théâtre, les personnages ignorent le spectateur. La gestuelle et les regards appuyés permettent de comprendre le drame qui se déroule sous les yeux du spectateur, comme s’il était sourd et muet. En mettant tous les moyens de « l’éloquence muette » en œuvre, le peintre souligne le caractère pathétique et moralisateur de la scène, comme dans le drame bourgeois inventé par Diderot au théâtre.

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Scènes

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Carl Ludvig Engel, Projet pour un rideau de scène, Ateneum.

Pour s’être développé tardivement, la scène théâtrale finlandaise ne s’est pas moins développée rapidement et avec un trilinguisme original. Tant que la Finlande était une province suédoise, les représentations théâtrales étaient le fait de troupes de passage, allant de Stockholm à Saint-Pétersbourg.

La construction des premiers théâtres date du Grand-Duché russe de Finlande, alors qu’il n’y avait pas encore d’acteurs professionnels ni de répertoire national. A la fin du XIXe siècle à Helsinki, un Théâtre populaire jouait en suédois finlandais, tandis que le Théâtre suédois restait fier de son répertoire « sérieux » joué par des acteurs venus de Suède. En 1879, le Gouverneur russe Nikolai Adlerberg faisait construire le Théâtre Alexandre sur le Boulevard. Bénéficiant de sa proximité avec Saint-Pétersbourg, le théâtre reçut de grandes actrices et des étoiles du ballet russe, ainsi que la création de pièces qui venaient d’être lancées sur la scène russe.

Le théâtre de langue finnoise fut le dernier construit à Helsinki, inauguré seulement en 1902. La première troupe professionnelle de langue finnoise avait été constituée en 1872, privilégiant les premières pièces en finnois d’Aleksis Kivi et de Minna Canth. Un siècle durant, trois langues, trois répertoires et trois scènes firent ainsi vibrer le public de la capitale.

Digital Capture

Jacques Callot,  Il Solimano, par Prospero Bonarelli, 1619, Sinebrychoff Art Museum.
Installé à Florence, Jacques Callot fut chargé d’illustrer le livret de la tragédie Il Solimano, écrite par Prospero Bonarelli. La représentation, donnée au théâtre des Offices en 1619 devant la cour du Grand-Duc de Toscane, remporta un grand succès. Un décor représentant la ville de Florence créé par Orazio Scarabelli pour de grandes fêtes de mariage en 1586, fut réemployé afin d’évoquer cette fois la ville d’Alep, en Syrie. L’orientalisme de la pièce se retrouvait dans les costumes créés pour le spectacle.
Callot invente ici un système de notation permettant de figurer la position des acteurs sur scène au cours des cinq actes de la pièce (quatre gravures sont conservées dans les collections du musée des beaux-arts Sinebrychoff). Le spectacle est conçu en fonction du point de vue central du grand-duc dans la salle, et respecte une symétrie harmonieuse. Les gravures, qui conservent le souvenir d’une représentation théâtrale, relèvent de la politique fastueuse des Médicis à Florence.

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Ravissements

 

Si au XVIIe siècle les larmes étaient appréciées comme expression de la sincérité, il devint rapidement inconvenant de montrer ses émotions en public. La retenue l’emporte et l’émoi ne fut consenti, avec un mépris croissant, qu’aux femmes. Seuls les Pays-Bas célèbrèrent sans vergogne les plaisirs de la vie. Le rire de la farce y était d’autant plus franc qu’il dénonçait des situations cocasses.

Les « mystères » du moyen-âge avaient invité à revivre les épisodes de la Bible et ses miracles. La représentation du ravissement, qu’il soit amoureux, esthétique ou mystique, s’inscrivit ainsi iaux sources de la théâtralité. Mis en scène sous la forme d’évanouissements, d’extases ou de métamorphoses, le ravissement supposait l’élévation de l’âme et permettait de goûter au paradis. Par adhésion fusionnelle avec la scène qui se déroulait sous ses yeux, le spectateur perdait son contrôle et exprimait sa sensibilité.

Pastor Fido

Jacob Willemsz de Wet l’Ancien, Amaryllis couronnant Mirtil (Le Berger fidèle), Sinebrychoff Art Museum.
En reprenant les personnages de la nymphe Amaryllis promise à Silvio mais amoureuse du berger Mirtil, le peintre flamand du XVIIe siècle cite de façon explicite la célèbre pièce de théâtre de Giovanni Battista Guarini Le Berger fidèle. Le costume de cour, utilisé sur scène comme en peinture, souligne le caractère fictif des personnages, éloignés de la réalité des campagnes. Le peintre inscrit dans un losange les principaux personnages de la pièce : le berger Mirtil invite Amaryllis à la réflexion ; Amaryllis arrête son geste en découvrant le regard d’amour échangé entre la nymphe Dorinda et Silvio. La séductrice Corisca détourne le regard, réalisant sa défaite. Semblable à celui utilisé au théâtre, le langage des gestes et des regards accompagne silencieusement la narration.

 

Moeyen

Claes Cornelisz. Moeyart, Mooy-Aal et ses prétendants, Serlachius Museum.
Peintre et administrateur du théâtre Van Campen à Amsterdam, Claes Cornelisz. Moeyart s’inspire pour sa peinture d’une pièce de théâtre burlesque de Gerbrand Adriaensz. Bredero Mooy-Aal et ses prétendants. Le théâtre faisait partie des activités des « chambres de rhétorique » hollandaises, où poètes, auteurs et artistes se rencontraient et festoyaient. Les pièces de théâtre étaient souvent articulées autour d’un choix, ici celui de la belle Mooy-Aal. Courtisée par un vieil homme fortuné et par un beau jeune homme volage, elle se tourne vers un troisième larron qui lui suggère ironiquement de prendre les deux pour amants afin de profiter des avantages de la jeunesse et de la richesse. La tradition d’arrêter l’action en formant un « tableau vivant » se retrouve dans cette composition, où la gestuelle, les expressions et les accessoires explicitent le sujet de la pièce.

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Gloire et mort du héros

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Les types de personnages créés pour la scène et immédiatement reconnaissables permettaient d’établir une connivence avec les spectateurs. Outre son caractère divertissant, le théâtre avait une fonction d’enseignement moral, ses héros et héroïnes faisant figures d’exemples. Au XIXe siècle, l’admiration céda la place à l’attendrissement. Les représentations de la mort du héros furent privilégiées sur les victoires, pour mieux toucher les spectateurs. Les auteurs cherchèrent ainsi à obtenir l’adhésion du public avec leurs idées politiques ou religieuses sous-jacentes.

A partir de l’époque romantique, la peinture d’histoire, en costume d’époque, choisit de suspendre l’action sur un point culminant, comme on le faisait au théâtre avant la tombée du rideau. Les décors, les éclairages, les regards qu’échangeaient les personnages, leurs gestes et jusqu’aux accessoires furent parfaitement réglés. Le rideau de scène rouge, qui isolait la représentation, acheva de replier la scène sur elle-même et de condenser les émotions.

Schjerfbeck

Helene Schjerfbeck, La Mort de Wilhelm von Schwerin, 1886, Château de Turku, et 1927, Serlachius Art Museum.
Lorsqu’Helene Schjerfbeck entreprend de peindre la mort du jeune soldat de quinze ans, Wilhelm von Schwerin en 1879, elle s’appuie sur une longue tradition de « lit funéraire », dont La Mort de Germanicus de Nicolas Poussin (1628) est la référence. En cette fin du XIXe siècle, la gestuelle et l’expression du visage ne sont plus codifiés et se veulent désormais proches du ressenti des acteurs. Dans la seconde version de 1886, le décor de la grange dans laquelle repose le brancard prétend à la véracité historique, afin d’insister sur le caractère finlandais de la scène. L’identification des personnages était évidente pour le public de l’époque, familier du célèbre roman de Johan Ludvig Runeberg, Les Récits de l’enseigne Stål, à l’origine de la glorification de von Schwerin. La suppression des personnages subsidiaires, dans la reprise que Schjerfbeck fait de son œuvre en 1927, permet de se concentrer sur la méditation du lieutenant au chevet du jeune mort. Elle suit l’évolution du goût pour l’épure, la réduction des figurants et des accessoires étant destinée à se concentrer sur le moment de grande intensité.

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Terreur et furie

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Le XIXe siècle fut l’âge d’or de l’opéra qui, aux côtés du drame, remportait un succès phénoménal auprès du public. Les reconstitutions historiques donnèrent lieu à des décors spectaculaires, avec une profusion d’accessoires et de figurants. Les décorateurs s’inspirèrent de la peinture de paysage romantique pour élaborer leurs toiles de fond, dont les effets furent accentués par des éclairages dramatiques au gaz.

La peinture d’histoire rivalisa avec le théâtre, et chercha à condenser en une seule image le déroulement de tout un récit. Pour évoquer plusieurs moments successifs, le peintre introduisit un espace vide, qui suggérait le déplacement des personnages entre deux points. Eugène Delacroix intégra un regard qui se tournait vers l’extérieur du tableau pour faire comprendre que quelque chose se passait hors-champ.

Plutôt que de représenter un acte violent, le peintre préféra suggérer le moment qui venait de se passer et celui qui allait suivre. Ces stratagèmes inspirés du théâtre permirent de susciter une forte émotion chez les spectateurs, et de créer un suspense nouveau en peinture.

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Albert Edelfelt, Le Village incendié, Finnish National Museum.
Si la Guerre des gourdins appartient à l’histoire de la Finlande au XVIe siècle, l’épisode décrit par Albert Edelfelt est purement fictif. Sa volonté de présenter l’événement historique au travers du regard d’individus vulnérables est une façon de théâtraliser l’histoire. Ce non-événement est renforcé par l’absence d’action : isolés derrière un rocher, une jeune fille, un vieil homme et un enfant se détachent de l’armée de Clas Fleming, qui se déploie au loin. Le village est brûlé, et il ne se passe rien d’autre qu’une attente anxieuse. Le vide qui sépare l’action passée du moment présent concentre tout le suspens. Le spectateur se tient derrière la jeune femme et s’interroge avec elle sur ce qui va se passer, comme s’il assistait à la représentation d’un mélodrame.

 

Dante

Adolf von Becker d’après Eugène Delacroix, La Barque du Dante, Ateneum.
Quarante-cinq années séparent la copie d’Adolf von Becker (1867) de la peinture d’Eugène Delacroix (1822). La Barque du Dante est devenue un symbole de la peinture romantique, où le héros n’est plus montré victorieux mais saisi d’effroi. Les damnés tentent d’échapper à l’Enfer en s’accrochant à la barque dans un décor tumultueux. Le spectateur partage la terreur du Dante, que Virgile tente de rassurer en lui prenant la main. La rhétorique des gestes et des expressions est conservée, mais plutôt que d’être rapporté par un narrateur, le drame se produit sous les yeux du spectateur dans toute son horreur. Grâce à la découverte du théâtre de Shakespeare, où la mort se produit sur scène, Delacroix a bouleversé les règles de la bienséance classique, anticipant la révolution du théâtre romantique.

 

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Racine contre Shakespeare

IMG_20180905_095435La Shakespeare Gallery, fondée par John Boydell à Londres en 1786, fut l’un des temps forts de la rencontre entre peinture et théâtre. Les 170 tableaux inspirés par les pièces de William Shakespeare furent diffusés par de grandes gravures. Le succès de la galerie favorisa la découverte de Shakespeare dans toute l’Europe, et introduisit des sujets issus du théâtre en peinture. Le caractère merveilleux des pièces de Shakespeare donna naissance à des évocations fantastiques, à l’origine du romantisme européen.

En réaction, le théâtre classique de Jean Racine devint l’objet d’un culte en France. Ce théâtre de la passion ravageuse exigeait une noble retenue des personnages. Une polémique éclata en France, exprimée dans le pamphlet de Stendhal, Racine et Shakespeare (1823). Les auteurs romantiques réclamèrent l’abandon de la vraisemblance classique, qui voulait que la pièce se concentre sur une seule action, se joue en un même lieu et se déroule sur une seule journée. L’éclatement de l’espace-temps autorisa les changements de décors et le développement des intrigues pouvant se dérouler sur années.

Racine

Gioacchino Giuseppe Serangeli, « Titus », d’après Jean Racine, Bérénice, Acte IV, Scène IV, Sinebrychoff Art Museum.
Après avoir été méprisées au XVIIIe siècle, les tragédies de Jean Racine sont à nouveaux jouées au lendemain de la Révolution française. L’éditeur Pierre Didot entreprend de publier un « monument » en l’honneur de Racine, et se tourne vers Jacques-Louis David. Le peintre désigne ses meilleurs élèves pour illustrer les pièces, à raison d’une estampe par acte. David avait une relation forte à la scène grâce à son tuteur, auteur de théâtre. Sur le conseil de David, l’acteur Talma introduit la toge romaine et donc le costume d’époque sur scène. David lui demande conseil à son tour pour étudier les poses de ses héros. David crée des héros exemplaires, dignes devant les épreuves de la vie, tandis que les figures féminines éplorées témoignent de la profondeur du drame. Une atmosphère étouffante d’huis-clos est produite par l’absence de communication entre les personnages, repliés sur leur douleur. Girodet et Guérin poursuivront les sujets raciniens en peinture, entraînant leurs personnages vers une plus grande sensualité.

 

Fuseli

Henry Fuseli, « Macbeth, Banquo et les trois sorcières », d’après William Shakespeare, Macbeth, Acte I, Scène III, Ostrobothnian Museum,Vaasa.
L’hommage rendu à William Shakespeare en 1769 pour le bicentenaire de sa mort, auquel l’acteur David Garrick participe pleinement, est à l’origine de la redécouverte de l’auteur anglais, et gagne bientôt toute l’Europe. Délaissant les représentations réalistes des pièces, Henry Fuseli s’empare du monde fantastique de Shakespeare et invente un univers peuplé de spectres et de créatures féériques. Les apparitions de fantômes, de somnambules et de sorcières se détournent ostensiblement de toute vraisemblance. La participation de Fuseli à la Shakespeare Gallery sera fondatrice d’une nouvelle perception du théâtre, ouverte à des échappées fantastiques.

 

La presse en parle

FNG Research, 2018 / 3

Interview by Gill Crabb

« A Show of emotions »

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Antiikki & Design, 19.9.2018

Maija Topila

« Draamaa Sinebrychoffilla »

Vanhaan taiteeseen erikoistunut Sinebrychoffin taidemuseo hemmottelee näyttämötaiteen ystäviä. Laura Gutman on tutkinut draamaa taiteessa ja koonnut kiinnostavan näyttelyn, joka ei esitä vain näyttelijöiiden muotokuvia vaan kertoo, miten taide on vuosisatojen saatossa luonut draamallisia jännitteitä ja esittänyt tunteita. Mutta on mukana tietenkin hienoja muotokuviakin. Albert Edelfelt ikuisti useita eturivin diivoja, kuten Ida Aalbergin, Aino Acktén ja Hedvig Raa-Winterhjelmin.

Ida Aalbergin muotokuvan on Albert Edelfelt maalannut 1902. Maalaus on lainassa Kansallismuseosta.
Aino Ackté roolikuvassa Styx-virran rannalla. Edelfeltin teos vuodelta 1902. Tällaiset muotokuvat nostivat näyttelijän arvoa ja ne toimivat eräänlaisina fanikuvina.
Albert Edelfelt ikuisti näyttelijä Hedvig Raa-Winterhjelmin vuonna 1876.

1600-luvun maalauksissa tunteita ilmennettiin kaavamaisin tavoin; niitä liioiteltiin, ja kun katsoja tunsi eleiden merkitykset, hän pystyi jo ihmisten käsien asennosta päättelemään, mistä tunteista on kyse.

Amsterdamilaisen Claes Corneliszin Kilpailijat 1600-luvulta kuvaa kosintatilannetta. Nainen näyttää harkitsevalta, ja veli tai apuri vertailee nuorta varatonta ja iäkkäämpää rahamiestä. « Ota tuo », hän tuntuu viittailevan. Kumpi mahtaa voittaa? Taulu on lainassa Gösta Serlachiuksen taidesäätiöstä.

Valokuva tuli muotokuviin 1900-luvun alussa. Aino Acktén kauneus on ikuistettu kolmeen kuvaan, ne on ottanut Léopold-Émile Reutlinger (1863-1937) 1902. Valokuva on lainassa Teatterimuseosta.

Tunteet estradilla -näyttelyssä on myös arkkitehti C.L. Engelin Helsingin vanhan teatteritalon esirippu- ja kulissipiirustuksia. Ateneumista.

Tunteet estradilla -näyttely on avoinna 3.3.2019 saakka. Osoite Bulevardi 40, Helsinki.
Näyttelyyn liittyy oheisohjelmaa. Kannattaa mennä mukaan, näyttelystä saa paljon enemmän opastuksen kanssa.
https://sinebrychoffintaidemuseo.fi/tapahtumat/

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Terve Suomi, 17.9.2018

 

 

 

 

 

 

 

Opinion piece on the European Heritage Day 2018

In the last 10 years, a remarkable effort has been made to protect and highlight the cultural heritage.  Are these efforts at the origin of some misunderstanding?  Has cultural heritage been gradually associated with a museification of our environment?  And even worse, as we are witnessing a dramatic misuse of the built heritage:  Has it lead to a biased understanding of what valuable means?

In the city, some cultural heritage in corporate hands has been spoilt, no matter how protective heritage laws are.  Don’t hear me wrong: museification is not the final goal.  But respect of the built environement is, which in the end of the day equals to the respect of citizens.

Just have a look at a few examples in Helsinki.  In the glorious days of capitalism, banks had become the modern temples.  Railway stations, Post offices glorified modernity. Users were circulating in impressive architectures, where attention had been paid on comfort and hospitality.  What has happened to these public spaces?  Although their architecture might be protected, their interior has become a mere empty shell.

  • Helsinki Central Post Office (Postitalo, completed 1938, Erik Lindroos & Jorman Järvi) is a store.
  • Private Bank (later known as Jugend Sali, 1903, Lars Sonck) is a cafetaria.
  • The travellers’ restaurant at the Central Railway Station (Eliel Saarinen, completed 1919) is run by Burger King.

Not only the built heritage is tarnished and misused with inadequate furniture and light, but what has replaced the original building?  As service has gone down, they are now situated underground.

  • The only money deposit in Helsinki for Nordea bank is now located in a small corner in the basement of a mall – a cramped place with low ceiling, dreadful light and bad air quality.
  • The Central Post Office is underground Postitalo, with similar dreadful conditions.
  • Business at Kela? Long lines in a cramped room.

Not only are we deprived from the purpose-built heritage, but the users as well as the staff is disregarded, apparently not deserving all the space and comfort they were entitled to in the early days.  Heritage has been wasted together with decency and respect.

In the 19th century the concept of heritage emerged considering that its destruction was a crime. What has happened?

Il y a deux choses dans un monument historique: son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde. C’est donc dépasser son droit que de le détruire.

Victor Hugo, 1825

Laura Gutman, Iclea

73 349 visiteurs !

Tout notre groupe a beaucoup apprécié la visite guidée de votre exposition et vous en remercie.
C’est chouette de pouvoir sortir de la classe pour visiter une belle exposition. Vous l’avez vraiment bien réalisée. Nous venons d’en discuter avec un groupe, et tous l’ont appréciée. Ils trouvent aussi que vous parlez clairement et bien. Un merci de leur part !
We visited the Air de Paris exhibition in HAM with my colleagues a few weeks ago and enjoyed it a lot. The exhibition display was very beautiful and the exhibition design too. The exhibition really made the feeling of Paris alive with it’s parks and cafés and boulevards.

 

L’exposition « Air de Paris remporte un vrai succès public. Depuis son inauguration, les salles du Helsinki Art Museum ne désemplissent pas. Le bouche à oreille est assurément le mode de propagation le plus efficace de l’information, et devrait se poursuivre au vu de la satisfaction des visiteurs.

La semaine de la Francophonie a également incité les élèves de français à venir se promener dans les rues et les jardins de Paris. Une petite fille s’est même déchaussée comme elle l’aurait fait sur un véritable gazon ! L’illusion est donc parfaite.

Lycée franco-finlandais d’Helsinki

 

 

La presse en parle

Hufvudstadsbladet, 5.3.2018

« Parisisk atmosfär vilar över Ham »

Många var finländarna som såg ljuset i Paris. Helsingfors konstmuseum Ham har samlat verk från perioden mellan 1880 och 150-talet i sin nya utställning Air de Paris.

Kaféer och restauranginteriörer hör till Parismotiven. Adrien Holy målade På restaurang år 1939. Bild: Yehia Eweis

Galleristen Leonard Bäcksbacka (1892-1963) visade sin första utställning med modern fransk konst i Konstsalongen 1938. Under årens lopp återvände han ofta till Paris och ställde ut konst av både finska konstnärer som studerade och bodde där, samt av franska konstnärer vars verk också ingår i den konstsamling han skapade och som Ham erhöll som donation 1976.

Samlingens verk utgör stommen i Air de Paris, den nya utställningen hos Ham. Många andra museer och kollektioner har också bidragit till visningen där tyngdpunkten ligger på finskt måleri under 1930-talet. Utställningen är uppbyggd som en vandring i Bäcksbackas fotspår. Vi promenerar genom parkerna, längs stadens gator och sitter på kaféerna. Ateljébesök och cirkusunderhållning blir det också. Promenaden bjuder på de favoritmotiv som konstnärerna ofta återkom till, faktiskt under flera generationer. Utställningens äldsta målning är från 1880 och de nyaste från femtiotalet.

Parker, gator och fritidRedan sekelskifteskonstnärerna kände till Albert Edelfelts stora målning I Luxembourgparken i Paris från 1887, men i själva verket målade August Uotila parkmotiv i Paris redan sju år tidigare. Många både finska och franska konstnärer gjorde detsamma under åratal. En av dem var Torsten Wasastjerna. Tre av hans skissartade vyer i pastelltoner från 1890 fångar det parisiska ljuset på ett charmigt sätt. Eero Snellman målade en helt annorlunda färgstark vy med prunkande rabatter i samma park 1913.

Inte bara Albert Edelfelt målade Luxembourgparken. Här är Torsten Wasastjernas Luxembourg-trädgård anno 1890. Bild: Hanna Kukorelli

Gatorna och sevärdheterna i Paris visas upp på många dukar. Marcus Collin målade Bokstånd vid Seines strand 1910. Hans intresse fångades av storstadens människovimmel i en livlig komposition som är – för tiden – modigt beskuren. Mikko Oinonens vy från 1908 hör till de färgstarka – han hörde till Septemgruppen som bildades 1912. Ragnar Ekelund däremot presenterar Notre Dame i en lugnt meditativ folktom vy från 1920-talet. Konstnärens fokus ligger på formernas och ytornas samspel. De fina färgharmonierna förmedlar en helt annan känsla av parisisk atmosfär och stämning än de grannare vyerna – men bägge fångar olika sidor av parisiskt liv.

 

Marcus Collin målade Bokstånd vid Seines strand 1910. Hans intresse fångades av storstadens människovimmel i en livlig komposition som är – för tiden – modigt beskuren. Bild: Hanna Kukorell

Kaféer och restauranginteriörer hör till de färgstarkare skildringarna. Adrien Holy målade På restaurang år 1939. Det är speciellt kvinnornas brokigt mönstrade kläder och granna färger som bidrar till feststämningen. Målningen skildrar nya tider när det hade blivit passande för kvinnor att gå ut tillsammans på restaurang.

Färgstarkt och expressivtRedan när Leonard Bäcksbacka 1915 grundade Konstsalongen, var han intresserad av ett måleri baserat på kraftiga färger och expressiva fritt virvlande penseldrag. Den finska Septemgruppen grundades 1912. Gruppens konstnärer med sina regnbågsfärger är väl företrädda i samlingen.

Galleristen Leonard Bäcksbacka är här porträtterad av Mikko Carlstedt 1917. Bild: Yehia Eweis

Galleristens preferenser höll i sig genom åren och påverkade också hans senare konstval. I Paris blev han genom finska konstnärer i staden bekant med den franska konstnärsgruppen « Peintres de la Réalité poetique » (Den poetiska realismens målare). Till dem räknas exempelvis Maurice Brianchon, André Planson och Roger Limouse, vars arbeten ingår i utställningen. Gruppen gjorde sig gällande under några decennier från och med trettiotalet. Deras teman inbegrep bland annat beundrande lovsånger till « kvinnan » – ett tema som märks tydligt bland utställningens många motiv med kvinnor i huvudrollen. Gruppen förverkligade ofta sina visioner med hjälp av en intensivt färgsprakande palett. Deras uttryckssätt passade bra ihop med Bäcksbackas egen konstsyn.

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Anna Palaa Anna, 6.2.2018

Anna Pii

« Air de Paris »

 

”Kun asuu Pohjoisessa niin kuin minä, sitä haluaa joitakin kauniita asioita sydäntään ilahduttamaan.”

Mikä saa nuoren miehen panttaamaan kultakellonsa taiteen tähden? Niin Leonard kuitenkin teki, perustaakseen 1900-luvun alkupuolella oman taidegallerian Helsinkiin ja tukeakseen nousevia, suomalaisia taiteilijoita niin siveltimin kuin savukkeinkin. Luonnontieteen opiskelut vaihtuivat taidehistoriaan, vanhat ystävät taiteilijapiireihin, elo Helsingissä matkoiksi Pariisiin ja muualle maailmaan. Tämä satunnainen ihmisen elämänpolku koituu meidän onneksemme nyt helmikuussa, kun HAMissa avautuu 23.2. näyttely Air de Paris.

Leonard Bäcksbackan (1892-1963) ja hänen puolisonsa Katarinan Helsingin kaupungille lahjoittamasta lähes 450 teoksen kokoelmasta kuratoitu näyttely vie meidän viime vuosisadan ensi vuosikymmenille. Elettiin sodan jälkeistä aikaa, ja toisaalta aikaa ennen sotaa. Pariisissa viihtyvät taiteilijat, myös suomalaiset, olivat uutta pullollaan ja Leonard teki hyviä kauppoja. Kotimaahan lähti jälkipolvien ihasteltavaksi rahtilaatikoittain Leonardin valitsemaa ranskalaista taidetta ja hänen suomalaisten suosikkiensa töitä.

Leonardin Konstsalogen – Taidesalonki on edelleen olemassa Helsingin Bulevardilla.

Kuva: Adrien Holy, Ravintolassa, 1939, HAM

Lähteet:
Air de Paris, HAM
Taidesalonki 100 vuotta, HAM

Pariisista kotoisin oleva kuraattori Laura Gutman esittelee HAMin näyttelyn 24.2. klo 14. Olisipa hauskaa ehtiä paikalle!

 

Air de Paris – Visite virtuelle

Air de Paris

Helsinki Art Museum

23.2.-12.8.2018

English: Gallery Guide

 

AIR DE PARIS est une exposition-promenade sur les pas de Leonard Bäcksbacka (1892–1963), dont une part significative de la collection est conservée au HAM. Fondateur de Taidesalonki en 1915, une importante galerie d’art à Helsinki, il fut un observateur privilégié de la scène artistique de l’Entre-deux-guerres.

Pour Bäcksbacka, Paris incarnait une modernité festive et jazzy. Les nombreuses amitiés nouées à Paris alimentèrent plusieurs expositions de sa galerie. De ces années jazz, Leonard Bäcksbacka retiendra  également une soif de couleur et une joie de vivre.

A la sortie du métro, prenez à droite : le Paris des années 1930 s’ouvrira à vous.

 

Yrjö Saarinen, Dance à Paris, 1930, Musée d'Art de Hyvinkää
Yrjö Saarinen, Danse à Paris, 1930. Musée d’art de Hyvinkää.

Yrjö Saarinen n’a jamais visité Paris. Lorsqu’il entreprend la peinture décorative du restaurant-dancing de Hyvinkää, c’est autant l’atmosphère du lieu que l’imaginaire du Paris des années 1930 qui l’inspire. Nocturnes et acides, les couleurs accompagnent les lignes brisées d’un rythme jazz. Les femmes libres et modernes, les cheveux courts et le regard charbonneux, le corps élancé et langoureux, apparaissent comme un phantasme de séduction. Saarinen opposera à cette Danse à Paris une Danse à Hyvinkää caricaturale, qui souligne le caractère mythique qu’occupe Paris dans l’esprit des artistes finlandais.

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Jardins

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Il est un lieu parisien que tout Finlandais connait sans même y être jamais allé : le jardin du Luxembourg. Le tableau d’Albert Edelfelt est si célèbre depuis la fin du XIXe siècle que l’on en vient à oublier combien le jardin parisien a été un sujet répandu.

Véritable havre de paix et de verdure dans la ville, il accueille discrètement les amoureux, permet de se rafraîchir à ses kiosques, aux enfants de se divertir grâce à ses attractions formidables : les petits bateaux, qu’ils font naviguer sur l’eau des bassins, et le théâtre de marionnettes de Guignol. Pour les peintres finlandais, peindre les jardins parisiens a été une manière de se confronter au maître, de témoigner leur révérence et leur différence stylistique et chromatique, de s’inscrire et de briser une tradition picturale.

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Pension de famille

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A Paris, Leonard Backsbäckä s’est vite créé ses habitudes. Il descendait toujours dans la même petite pension, discrète et familiale, qui lui donnait l’impression de vivre la vie d’un vrai Parisien. Arpentant la ville de part en part toute la journée, visitant galeries et musées, artistes en attente de réactions et de compliments, il aimait à se glisser dans la foule, à flâner dans les rues et sentir l’air du temps. Les trouvailles glanées dans la journée s’entassaient dans sa chambre, avant de prendre avec lui le chemin de la Finlande ; là elles conservaient un peu de nostalgie de ces visites, si fugaces et prégnantes à la fois. Un béret sur la tête, Leonard Backsbäckä prenait soin de son jardin, un peu ici, un peu ailleurs…

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Rues de Paris

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Markus Collin: Bouquinistes des bords de Seine, 1910. Photo: HAM/Hanna Kukorelli

Métamorphosé au XIXe siècle, Paris est devenu une ville minérale, où le gris de la chaussée, des façades de pierre et des toits de zinc ne vibrent que par temps de pluie, grâce aux reflets des éclairages de rue. L’effervescence de la ville tient à sa foule, à ses boulevards animés, à ses boutiques, ses cafés, ses théâtres. Le peintre de la vie moderne s’est mis à exagérer les perspectives, à saisir les anecdotes parsemant sa flânerie quotidienne. Au début du XXe siècle, avide de rythmes et de couleurs, il s’est emparé des affiches chamarrées qui prenaient possession de la rue, s’est étourdi de vitesse et de bruit.

Pour le visiteur finlandais, le pittoresque parisien apparaît souvent frénétique et fatigant, il se sent avalé dans son tourbillon, et la langueur des bords de Seine est un reposoir.

Leonard Bäcksbacka entretenait une correspondance assidue avec ses amis artistes parisiens. Pendant la guerre, plusieurs d’entre eux durent partir pour le front. La correspondance se poursuivit alors avec leurs familles. En février 1940, Emilienne Planson, l’épouse d’André Planson, écrit à Leonard Bäcksbacka que les oeuvres de son mari dorment et attendent que la vie continue. Elle explique que son mari est loin, et espère qu’ils auront un jour l’occasion de se retrouver, tous ensemble. Dans sa lettre, Emilienne envoie ses salutations également au peintre Yngve Bäck et à son épouse.

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Cafés

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Depuis la Révolution française, Paris est associé aux libertés individuelles. Même si la femme nordique est réputée plus libre que sa sœur latine, les artistes finlandais et leurs consœurs finlandaises jouissaient d’une grisante liberté loin des regards bien-pensants de leur entourage.

Indispensables pendant la Première Guerre mondiale, les femmes entendaient bien conserver leurs acquis et être présentes dans l’espace public urbain. Elles pouvaient s’attabler dans un restaurant ou un café, se maquiller ou fumer sans être pointées du doigt. Le plus souvent couvertes d’un élégant petit chapeau, les chevelures qui n’avaient pas été coupées à la garçonne ne se dénouaient encore que dans l’intimité.

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Atelier

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C’est par l’intermédiaire d’Yngve Bäck et de Birger Carlstedt que Leonard Backsbäckä a été introduit auprès d’un groupe de peintres français réunis sous l’appellation de Peintres de la Réalité poétique. Sans doute les visites d’atelier avaient-elles un accent bohème typiquement parisien, qu’il s’agisse de ceux des artistes français ou finlandais installés dans la capitale.

Séduit par les coloris vifs des tableaux, qui conservaient néanmoins une sage figuration, le marchand d’art finlandais s’est fait le « défenseur de l’Art français », achetant nombre d’œuvres, les exposants à Helsinki dans sa galerie à plusieurs reprises, et les faisant entrer dans les collections des musées. « Quand on habite le Nord comme moi, on aimerait bien avoir quelques belles choses pour réjouir son cœur », expliquait-il à son ami, le peintre Raymond Legueult.

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Cirque

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La multitude des salles de spectacles a toujours fait de Paris une ville de loisirs incomparable. Plus que le théâtre ou l’opéra, c’est le music-hall populaire et le cirque que Leonard Bäcksbacka appréciait tout particulièrement, tout comme nombre d’artistes de l’époque. Coloré et exubérant, le cirque réservait des émotions fortes avec ses acrobates et ses trapézistes, faisait rire avec ses clowns mais surtout, il présentait des animaux dressés et parfois exotiques, provenant des colonies lointaines.